ACTUALITÉ – ACTIVITÉS PROCHAINES


Le jeudi 8 septembre à 18h30

à la GARE DE WATERMAEL-BOITSFORT

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à l'occasion de la sortie de presse du nouvreau roman de
Michel Joiret

CHEMIN DE FER

Présentation : Françoise HOUDART
Lectures : Jean-Claude FRISON

RSVP
0474 98 92 27
m.joiret31@gmail.com

Gare Watermael

À la jonction entre l'avenue des Taillis et la rue des Arcades.
Watermael-Boitsfort

Parking aisé.

Bus 41 (Transvaal – Square des Héros via Hermann-Debroux) : Arrêt "Watermael-Gare".
Bus 95 (Grand-Place – Wiener) : Arrêts "Arcades" ou "Keym"
Bus 17 (Beaulieu – Heiligenborre) : Arrêt "Keym"




À PARAÎTRE


Le 1er septembre 2016


Chemin de fer
roman

Chemin d fer

Éditions M.E.O.
Illustration de couverture de Martin Joiret.




ACTIVITÉS RÉCENTES



En mai 2016, Michel Joiret a été sollicité pour assumer la vice-présidence de
l'Association des Écrivains belges de Langue française
(AEB)


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Le12 NOVEMBRE
À 19h30
à l’Hôtel communal de Boussu 

MICHEL JOIRET
a parlé de

« Maigret, l’homme qui regardait passer le temps »

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Le 21 octobre
"Le Carré d'Or"
était présenté par
Anne-Michèle Hamesse
à
l'Association des Écrivains belges de Langue française (AEB)

Lectures par Véronique Leurs

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Le  15 mai 2015 à la librairie La Licorne (Uccle)

Gérard Adam
présentait
Michel Joiret
pour son roman "Le Carré d'Or"
Liliane Schraûwen pour son recueil de nouvelles "Ailleurs"


Licorne

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Le  10 avril à la Bibliothèque des Riches Claires (Bruxelles)
Jacques De Decker présentait Michel Joiret
pour son roman  "Le Carré d'Or"
dans le cadre des Coups de Midi des Riches Claires

Michel Joiret et Jacques de Decker
Photo : site officiel de Jacques De Decker
http://www.jacquesdedecker.com/#!coups-de-midi-aux-riches-claires-2015/c6as


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Du 26 février au 2 mars 2015 se tenait la Foire du Livre de Bruxelles
Michel Joiret y a dédicacé son dernier roman,
Le Carré d'Or

Foire du Livre 2015

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Le 10 février 2015, Edmond Morrel interviewait Michel Joiret à propos de son roman
"Le Carré d'Or"
pour la radio en ligne espace-livres.be

http://www.espace-livres.be/Le-carre-d-or-de-Michel-Joiret

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Le 10 février,
Michel Joiret était présenté par Évelyne Wilwerth
à l' ISELP (Bruxelles)
à l'occasion de la parution de son nouveau roman
« Le Carré d'Or »
Madame Karine Lalieux
,  députée fédérale belge, échevine de la Culture et de la Propreté Publique de la Ville de Bruxelles,  a introduit la rencontre.
Jean-Paul Humpers a mis en voix et dit un choix d'extraits

Karine Lalieux1        Le public

L'interview       Jean-Paul Humpers

Signature

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Le 9 décembre 2013, Edmond Morrel interviewait Michel Joiret à propos du 25e anniversaire du Non-Dit
pour la radio en ligne espace-livres.be

http://www.espace-livres.be/Le-Non-Dit-la-revue-litteraire-de?rtr=y



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Du 22 au 26 octobre 2013, le Non-Dit fêtait ses 25 années d'existence à la Maison du Livre de saint-Gilles

Parmi les activités : interview de Michel Joiret par Jacques De Decker, présentation des voyages passés et futurs, évocation d'anciens numéros, présentation de de maisons d'éditions amies, lecture d'un extrait de "La Balade du Grand Macabre, de Michel de Ghelderode, par Jean-Claude frison, évocations des cabarets de Montmartre et du Grenier aux chansons par Alain Miniot et le Triolet de Bruxelles…


25 ans

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Le 27 mars, 
la Librairie Candide (place Georges Brugman à Ixelles) accueillait un dialogue entre Anne-Michèle Hamesse ("Les Années Victoire", Ed. Novelas) et Michel Joiret ("Madame Cléo", Ed. M.E.O.)

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Photos : Stephan Van Puyvelde

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Le 1er février 2013
la Librairie "La Boucherie"
(76 rue Monge, à Paris) accueillait Michel et le photographe Romain Mallet à l'occasion de la parution de "Matières grises"

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Le 16 novembre 2012,
à l'occasion de l'inauguration de la 10ème Foire du Livre belge d'Uccle,
les lauréats des prix littéraires de l'année 2012 ont été présentés

Uccle

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Le 15 novembre 2012,
le


Prix du Parlement

a été décerné à

Madame Cléo


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Remise du prix par M. Jean-François Istasse, président du jury, suivie des remerciements de l'auteur


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À l'occasion de ce prix, une interview par Edmond Morrel peut être écoutée sur le site
d'espace-livres.be

http://www.demandezleprogramme.be/Madame-Cleo-le-dernier-roman-de?rtr=y






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Le 11 février 2012 "Madame Cléo" était présenté par Dominique Aguessy dans le cadre de "D'Encre et de Parole" de l'ASBL Des Mots pour Dire
à l'IMAGIN’AIR

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Présentation et dialogue
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Lectures par marie-Claire Beyer
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Un public passionné

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Le 20 novembre 2011, présentation de "Madame Cléo" par Jacques De Decker au Centre Culturel d'Uccle dans le cadre de la Foire du Livre Belge.
(Voir vidéos à la rubrique "Madame Cléo" de la bibliographie)

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Le 6 novembre 2011,

présentation de "Madame Cléo" par  Evelyne Wilwerth à L’ASSOCIATION DES ÉCRIVAINS BELGES DE LANGUE FRANÇAISE (AEB)


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Photo : Pierre Moreau

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Le 15 octobre 2011, présentation par Françoise Houdart pour "Madame Cléo" et par Thierry-Pierre Clément pour "Les Patates"
à L’ESPACE DELVAUX (Centre Culturel de Watermael-Boitsfort)
Lectures par Jean-Paul Humpers.
Écouter et voir aux rubriques "Madame Cléo" et "Les Patates" de la bibliographie.

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Le samedi 13 février 2010,
Michel JOIRET a été l'invité de Marie-Claire BEYER à l'Imagin'air Café d'Ixelles
dans le cadre de l'ASBL "DES MOTS POUR LE DIRE".
Outre la présentation de ses propres ouvrages "Lire Marcel Proust aujourd'hui" et "Les Masques verts du Commandeur", il a présenté le dernier recueil de poèmes de Jean Dumortier.


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Photos: Robert Paul

Le samedi 27 février 2010, invitation par Robert Paul à l'Espace-Art Gallery dans le cadre de l'association "Arts et Lettres de Belgique".


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Au cours du même trimestre, présentation à l'Association des Écrivains Belges de Langue Française (par Anne-Michèle Hamesse) et à l'Association Royale des Écrivains Wallons.

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Photo: France Bastia



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Le samedi 19 juin 2010, à "La Fleur en papier doré", dans le cadre du GRENIER JANE TONY, présentation par Anne-Michèle Hamesse.



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Le mercredi 19 janvier 2011, Michel Joiret était l'hôte de la Soirée des Lettres de l'Association des Écrivains belges de Langue française,Dominique Aguessy a présenté le recueil "Les Années Lumière".



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ET  DES  TAS  DE  SOUVENIRS…



Depuis 1996

PROJET LECTURE CHARLES BERTIN
du Bureau Pédagogique de la Province de Hainaut



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À l'origine du projet, l'idée de Michel Joiret, conseiller pédagogique et consultant au Bureau, de remettre le livre à l'honneur comme élément constitutif de notre patrimoine. En particulier dans les classes des enseignements technique et professionnel.
« Si on continue a couper les élèves de leur patrimoine, explique-t-il, on va accréditer l'idée déjà répandue chez beaucoup d'entre eux que la lecture est réservée aux plus doués ou aux plus littéraires. Cette attitude peut conduire à une catastrophe, car la lecture risque de disparaître, d'autant plus dans une région comme le Hainaut où le chômage est élevé et où les parents soutiennent peu leurs enfants dans cette activité. Pour ceux-ci, le livre est un objet presque interdit. Ils en ont une image négative. Ils disent que c'est pour les autres, ce qui est d'abord préjudiciable pour eux-mêmes ».
Mais comment procéder? Par une action positive, dynamique, concrète.
En 1996, le bureau pédagogique propose aux élèves de réagir au Grand Meaulnes d'Alain-Fournier par un dessin. Il s'agit surtout d'ouvrir une porte sur le livre.
« Ils avaient la faculté de lire le roman comme ils l'entendaient. Ils sont entrés dans le livre et ils en ont été émus ».
Cinq cents dessins ont ainsi été le reflet de cinq cents approches différentes, personnelles, de ce classique du cours de français. Le dessin lauréat a été reproduit en grand sur un mur du Lycée provincial technique Saint-Ghislain. Surprise de la di- rectrice: cette fresque n'a jamais été abîmée. Née d'un élève, elle est respectée. Ce projet a connu d'autres suites, comme la réalisation d'une maquette de l'école du Grand Meaulnes par une classe de menuiserie, maquette aujourd'hui exposée en France dans le musée d'Épineuil-le-Fleuriel.
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Maquette de l'école du Grand Meaulnes, réalisée par une classe de menuiserie, aujourd'hui exposée au musée d'Épineuil-le-Fleuriel.
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L'œuvre lauréate du concours.
Confortés par le succès de cette première édition, les organisateurs décident de faire un pas de plus l'année suivante: créer une confrontation plus directe avec les livres, à travers la rencontre de leurs auteurs. Donner un effet de réel à l'écriture, activité parfois fort éloignée du vécu des jeunes, de leur culture. Voire rébarbative quand elle est conçue comme un exercice coté. Ces rencontres sont envisagées comme un compagnonnage. Une idée démocratique. Sous-jacente à l'ensemble de la démarche: la conviction que la lecture favorise le débat et l'ouverture aux autres.
« Il s'agit de mettre en relation plusieurs écrivains, des enseignants et des élèves, afin de réaliser un projet sur plusieurs jours ou plusieurs semaines autour de l'écriture. »
Soutenue par le service de la Promotion des Lettres de la Communauté française, cette opération s'inscrit dans la durée et le contexte pédagogique du projet.
« Comme il s'agit d'amener les élèves à la lecture lors de plusieurs rencontres, il ne faut pas les décevoir, précise Michel Joiret. La majorité des élèves étant du technique et du professionnel, il faut bien choisir les écrivains pour offrir des écritures qui soient proches de ces jeunes. De plus, nous veillons à ce que les auteurs soient aussi des animateurs ou des pédagogues ».
Parler directement avec un écrivain constitue déjà un premier pas. La barrière entre les jeunes et l'auteur, et donc avec le livre, est cassée. Parfois, il suffit d'un rien. Ainsi, lorsque Roger Foulon confie aux élèves du Lycée technique Richard Stievenart à Hornu qu'il est un accro de moto. Ensuite, il peut expliquer comment il imprime lui-même des livres sur une ancienne presse. Tout à coup, le livre s'auréole d'une réalité nouvelle. Françoise Houdart, en 7e professionnelle horticulture à Mariemont, arive à faire lire les élèves à haute voix. Ce qu'ils ne font jamais car ils ont peur de s'exprimer devant le groupe. Elle insiste durant leur parcours commun sur le respect mutuel, sur l'importance du dialogue... Pari gagné lorsque l'auteur s'entend dire: "Madame, je ne savais pas que j'avais des émotions pareilles en moi et que je pouvais les exprimer".

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La presse a souvent fait écho au projet.
Depuis lors, le projet s'est poursuivi et amplifié. D'autres écrivains ont rejoint l'équipe originelle. Certains, hélas, ont dû le quitter, frappés par la maladie, ou décédés.

Une nouveau thème est proposé chaque année.

1997-1998: Les Écrivains du Hainaut.
Six écrivains du Hainaut (Annie Préaux, Françoise Houdart, Girolamo Santocono, Cari Norac, Roger Foulon, Colette Nys-Mazure) entrent dans les classes à l'appel des équipes d'enseignants. Ils négocient avec les élèves et les professeurs un projet pédagogique qui sera conduit au cours de l'année scolaire.

1998-1999: Lecture et Compagnonnage.
À la demande des enseignants, élargissement du projet aux écrivains de la Communauté française. Un nouveau projet pédagogique est conclu dans les écoles (participation de Michel Voiturier, Evelyne Wilwerth, Colette Nys-Mazure, Françoise Houdart, Annie Préaux et Jean-Luc Outers). L'idée est d'organiser sous forme de compagnonnage, un travail pédagogique destiné à réconcilier relève avec la lecture et avec son environnement culturel. La relation et la connaissance de l'autre sont les clés de voûte de l'expérience.

1999-2000: Lecture, engagement et citoyenneté.
Charles Bertin, membre de l'Académie de Langue et de Littérature Françaises, neveu de Charles Plisnier et auteur de romans, de pièces de théâtre et de livres de poèmes, a bien voulu accorder son parrainage à un projet qui a pour objectifs d'inciter les élèves à recourir aux ressources du livre dans un cadre initialement fixé et d'inviter les enseignants à étudier plus spécifiquement les écrivains issus de leur région. Ainsi, les œuvres de Charles Bertin et de l'illustre romancier Charles Plisnier, son oncle, figurent parmi les priorités, Quelques auteurs sont contactés pour répondre à la demande des équipes pédagogiques et interviennent auprès des apprenants en matière d'engagement et de citoyenneté. Le recours à l'œuvre et l'entrée en relation avec les élèves sont les principes de base d'une telte action.

2000 - 2001: Le voyage, l'exotisme, la découverte de soi et du monde.
Le Projet s'efforce de réconcilier relève avec des oeuvres susceptibles d'attiser chez lui le goût des voyqges, des déplacements, de l'aventure (chroniques, romans, poèmes). Il peut également mettre en parallèle réveil à l'étranger (à l'étrange) et le souci de développer la connaissance de l'autre à travers de multiples lectures. Le séjour pédagogique au pays de Pierre Loti a mis en évidence des pratiques d'écriture performantes (par exemple la tenue d'un journal de bord) ainsi que rapport de lectures permettant à relève de situer plus clairement les événements contemporains par rapport au regard que les écrivains du passé pouvaient jeter sur les choses. Voyages et voyages intérieurs peuvent devenir la source d'un travail de fond conforté utilement par des déplacements appropriés et des ateliers d'écriture inscrits dans le cadre du projet.

2001 - 2002 : Du roman noir au récit fantastique : la lecture est une seconde vie.
2002 - 2003 : Je n'aime pas le romantisme.
2004 - 2006 : L'École de l'Imaginaire.
2006 - 2008 : Cité ouverte: réalité ou utopie?

Depuis 1999, le "Projet Lecture" du Bureau Pédagigique de la Province de Hainaut a reçu le nom de "Projet Charles Bertin", en hommage au  patronage accordé par le grand écrivain, qui malheureusement nous quittera en 2002.

L'équipe des écrivains comprend aujourd'hui Françoise Houdart, Malika Madi, Colette Nys-Mazure, Françoise Pirart, Annie Préaux, Évelyne Wilwerth,
Gérard Adam, Jean-Paul Humpers, Michel Joiret et Michel Voiturier.

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Bien entendu, cette expérience culturelle et pédagogique a été soumise à une évaluation claire et nuancée. Il fallait que chaque séquence du projet se fonde sur un champ d'expériences crédibles et sur le consensus le plus large des équipes pédagogiques.
On peut d'ores et déjà souligner que le Projet-Lecture de la Province de Hainaut a permis à un grand nombre d' élèves de retrouver la confiance en soi en même temps que le goût d'entreprendre. Le travail d'équipe a été conforté alors que la curiosité de l'enfant pour une matière étrangère à lui s'est insensiblement développée. L'idée de présenter le livre comme un objet familier et celle de traduire son contenu en terme "d'aventure" ont considérablement modifié les comportements et les attitudes.
Si le goût pour la lecture s'est sensiblement développé, il va de soi que le travail initial doit être poursuivi, affiné et, une fois encore, évalué.


DES RENCONTRES DANS LES ÉCOLES


Mettant la main à la pâte,Michel Joiret rencontre régulièrement des classes pour des animations très appréciées.

Rencontres écoles

CARTE  BLANCHE
Le Soir du 2 décembre 1997



UNE ÉCOLE EN PROJET

Entre l'école de naguère et l'école d'aujourd'hui, il y a plus d'une nuance, il y a le fossé qui sépare le savoir de la compétence, il y a le gouffre qui éloigne la référence cognitive du projet.
Mais de quel projet parle-t-on ? Du projet de vie, pardi ! Du projet d'avenir, du projet personnel, du projet communautaire, du projet pédagogique, du projet d'établissement! Le projet, c'est le sens qu'on prête à ce qu'on fait, c'est l'envie de faire, c'est une attitude en devenir. Nous avons tous en mémoire les leçons  « magistrales » qui nous parlaient de l'accord du participe passé. Le maître isolait cet insaisissable participe de tout contexte. La référence textuelle se suffisait à elle- même et l'act » répétitif « sérieux » offrait à terme, à l'élève, le luxe discutable de la
restitution.
La transmission des savoirs conduisait le jeune au seuil de l'embauche et l'« expérience » avait pour mission d'assurer le mûrissement des apprentissages. La proximité du nouveau millénaire a fait basculer de leurs socles nombre de certitudes pédagogiques ! L'école de la réussite s'est insensiblement substituée à l'école des modèles. Désormais, la compétence n'est plus exclusivement un savoir, elle est aussi, et peut-être avant tout, une relation entre l'acquis et sa finalité, elle est un élément mobile et décisif de tout processus d'apprentissage. La compétence ne finalise rien, elle invite à se frayer un che- min dans le labyrinthe et la turbulence des nouvelles technologies. Mais elle est aussi douée de vie, de sensibilité et d'esprit.
La compétence a la personnalité que lui prête l'individu, elle s'inscrit dans la logique sensible d'une histoire personnelle. L'unicité des compétences amène les enseignants à se mobiliser autour d'un projet collégial. Chacun aiguise ses acquis aux savoirs des autres et la compétence naît de leurs métamorphoses. Le travail coopératif quant à lui donne un sens aux compétences de chacun dans la mesure où il imagine, élabore et édifie un projet. Il est utile de demander à l'enfant s'il s'accorde à un « devenir ». Les « savoir être » donnent une image lacunaire de l'individu en mouvement (en mutation?). Les «savoir-devenir» donnent un « sens » au présent. Qu'on en soit bien convaincu : le participe passé s'inscrit dans l'effervescence des sens et des savoirs antérieurs ! L'individu qui traverse une rue multiplie les démarches motrices intérieures et personnelles qui le projettent dans l'avenir: « Que ferai-je ce soir ? Mes enfants auront-ils terminé leurs devoirs? Que vais-je lire? ». (...)
Projet, toujours projet, projet sans fin qui habille les actes et les réflexions, projet individuel, coopératif sans lequel la compétence ne serait qu'un savoir et la littérature, une simple encyclopédie... L'école de demain, pour en parler aujourd'hui, il faut bien plus que de simples savoirs.

Michel JOIRET
Chargé de mission
à la Direction générale
régionale du Hainaut



CARTE  BLANCHE
Le Soir du 23 septembre 1994



UNE CULTURE D'ÉCOLE POUR L'AN 2000.

Comme la plupart de mes collègues, j'ai voulu traverser le court espace entre le banc de l'école et la table du « maître ». Sans trop m'occuper de la viabilité de ma propre culture, convaincu de ses vertus premières et conforté par la science des livres. Tout au plus, m'arrivait-il d'entrevoir dans le tumulte des classes terminales, le passage nécessaire du témoin, le brouhaha du sempiternel « conflit des générations ». Mais aujourd'hui, le recours aux textes semble bien précaire et renseignement patine souvent dans un système de valeurs culturelles auquel on ne renonce peut-être qu'en renonçant aussi à la part d'enfance et de sécurité que chacun préserve au fond de soi. A vrai dire, on ne sort pas sans malaise de sa formation et on aurait tort de conférer à la « remise en question » aujourd'hui demandée aux enseignants un caractère banal ou réducteur. Pour humaniser la rupture et quelquefois le divorce entre les jeunes et les professeurs, on ouvre à renseignement rénové des espaces de rencontre, de communication qui ont l'ambition de « dédramatiser » la crise et on le dote de réformes le plus souvent opportunes mais dont l'efficacité ne paraît pas convaincre la majorité des enseignants. Tout se passe comme si le canal de transmission culturelle était soudainement bouché et on doit aux qualités personnelles de chacun de ne pas corrompre la classe-marais en y mêlant les germes de la querelle ! Il y a dans nombre d'écoles actuelles un modus vivendi basé sur la compétence et le désir de paix bien plus que sur un système interactif. Le champ de mutation des valeurs est aussi vaste que profond. Rencontrer l'enfant d'aujourd'hui relève sans doute de quelques principes directeurs et quel que soit le bien-fondé des réformes engagées, ces principes-là ne pourront être évacués sous peine d'irréductible vacuité.

Sensibiliser à la communication

Les milliers de signaux qui parviennent aujourd'hui aux enfants engorgent les apprentissages scolaires. Il serait vain de les rejeter car ils constituent sans nul doute la part visuelle et sonore la plus apparente de leur culture. Démêler l'écheveau de toutes ces informations me parait être l'une des tâches les plus importantes de l'enseignant d'aujourd'hui, l'une des plus redoutables aussi. L'information frontale et le plus souvent brutale détermine et quelquefois affecte le comportement des individus. La mégaculture est devenue le pays de Gulliver pour des enfants qui n'ont pas encore pris la mesure de leur propre environnement.

Sensibiliser à la démocratie

Profondément marqué par une société duale et souvent individualiste, l'enseignant réservera à l'apprentissage de la démocratie le temps et la patience qu'il réservait autrefois à l'histoire de la démocratie. C'est que le quotidien et les urgences de l'actualité réclament maintenant une mise en situation immédiate de la vie en société. On peut enseigner la démocratie en parlant d'informatique ou de technologie. L'histoire nous a appris que les clivages culturels portent des germes de rupture... La violence et l'exclusion scolaire ne viennent-ils pas d'une ségrégation raciale des opinions ?

Sensibiliser à la distribution du travail

Encore proche de l'encyclopédie, notre culture porte toujours l'empreinte du grand livre de Diderot : tout savoir dans un souci de large connaissance. Et cependant le caractère exponentiel des découvertes est si marqué aujourd'hui, que le partage modulaire des savoirs devient indispensable. L'échec scolaire est aussi (et de manière un peu paradoxale), une simple question de vocabulaire. Depuis de nombreuses années, les recherches psychologiques ont démontré le mécanisme pervers du langage négatif. Un violent effort pour positiver jusqu'aux discours d'apprentissage est aujourd'hui absolument indispensable. Mais l'enseignant n'est pas le rouage d'une machine plus grande que lui; il a besoin comme chacun qu'on reconnaisse la valeur de l'effort qu'il entreprend et en corollaire, ses compétences à se modeler, à s'auto-évaluer. On a trop longtemps considéré que l'enseignement était une fonction qui portait en elle, et tout naturellement, ses propres sagesses ! A l'heure où la dilution des cultures est redoutable dans l'esprit de beaucoup, comment n'imaginerait-on pas un système de valorisation efficace à la dimension même de l'homme et se sa fonction ?

Sensibiliser à la formation

On se réjouit de voir apparaître dans l'école d'aujourd'hui, quantité de formations susceptibles de répondre à la volonté de progrès des enseignants. La formation continuée qui est mise en place ne manque pas d'intérêt. Et cependant, l'idée seule ne suffit pas. Il convient encore de faire entrer dans les gestes, dans le langage et dans la mise en situation, ce qui n'est pas encore qu'un répertoire de principes, plus proche de l'information utile que de la réelle formation.

Sensibiliser à l'accompagnement

Entre le directeur d'une école des années 60 et un directeur d'aujourd'hui, il y a plus que de modestes différences lie profil de fonction d'un directeur s'est transformé, notamment par la complexité même de notre système d'enseignement. La lecture des lois, des arrêtés et des circulaires occuperait à elle seule un service compétent. L'homme-orchestre ne peut tout gérer sans céder à /'urgence du moment. Pour restaurer le caractère dynamisant de la fonction, ne faut-il pas procéder là aussi par délégation des tâches ? La complexité de l'administration (dont les usages s'opposent  trop souvent aux audaces pédagogiques) ne permet plus de faire face à TOUS les problèmes qui peuvent affecter à chaque instant la sérénité d'une école ! On peut croire qu'en chaque établissement scolaire existent (et peuvent cohabiter), nombre de sensibilités différentes et nuancées sur un même problème d'éducation et de société. En matière d'éducation, la solution est souvent, et tout à la fois, la vérité et son contraire. Le mouvement permanent vers l'autre, la manifestation d'égards et de respect pour des convictions même lacunaires, peuvent être générateurs de progrès et de profit. Un partenariat peut s'établir entre les enseignants, les élèves, les parents, la direction, le personnel administratif, ouvrier, et il me semble prioritaire aujourd'hui plus qu'hier, tant les mécanismes d'exclusion sont tenaces.

Eduquer à la compétence nouvelle

« Avec un peu de calcul et une bonne orthographe, il se débrouillera... » Une observation qui date et qui évoque des compétences disciplinaires minimales dont l'exercice exclusif n'est plus suffisant Le temps des employés et ouvriers recrutés au seuil minimum de leurs compétences semble bien révolu. Aujourd'hui, la liste des acquis s'est étendue et de nouvelles disciplines ont fait leur apparition. Mais surtout, la prise en charge de l'élève réclame une évaluation plus pointue de la personnalité, des rythmes de travail, de la faculté d'adaptation, de la polyvalence de fonction, de la vitesse d'exécution d'une tâche, de l'esprit critique, du comportement de consommateur, de l'utilisation du temps libre, etc.
Tout retard d'appréciation sur la génération qui monte élargira encore le fossé entre la
culture qu'on connaît et celle qu'on croit deviner. La « culture d'école » va donc se mettre en place pour inspirer les pistes de formation de fan 2000. Le travail est immense et les perspectives d'avenir, encore incertaines. Des réformes qui touchent à la périphérie du problème ou même de celles qui tracent un sillon plus profond, aucune ne sera vraiment déterminante si une certaine « culture d'école » n'est pas avancée. Je crois réellement que les ressources humaines ne manquent pas et que l'idée même du défi n'est pas faite pour alerter un enseignant. La difficulté peut venir de la confiance mesurée que certains peuvent avoir dans leur propre entreprise. Cette assurance-là ne couvrira pas tous les risques ni toutes les résistances, mais sans elle, il ne peut y avoir que d'étroites mesures pour une très large route...

Michel JOIRET
Chargé de mission au CPEONS,
Conseil permanent de l'enseignement officiel neutre subventionné




CARTE  BLANCHE
Nord-Éclair du 10 janvier 1985



DE L'INSTRUCTION OBLIGATOIRE AU PROJET DE VIE

Il n'y a pas si longtemps, le rôle du professeur se confondait le plus souvent avec celui d'instructeur... « Une leçon à savoir pour demain… » Pour le reste, il y avait la famille, la société, les amis, il y avait la chance.
Le reste était une simple question de circonstances. Le jeune homme, la jeune fille recouraient aux structures sociales pour s'immiscer dans un projet de travail. La conscience en paix après combien d'interrogations. le professeur pouvait assumer sans faillir une nouvelle année scolaire.
Aujourd'hui, plus rien de semblable. Les structures éclatent. Quand ce n'est pas la famille qui vole en éclats, c'est le milieu du travail ou le dogme des programmes! Rien n'est moins sûr qu'une année d'enseignement.
Tenu de sécuriser l'élève au sein de la classe, l'enseignant s'interroge sur sa propre sécurité! Et l'emploi pour demain ? Le bon sens le plus élémentaire appelle cette réflexion : l'émetteur et le récepteur ne sont décidément plus ce qu'ils étaient. Pourquoi ? La crise, oui, l'évolution sociale, certes, la démission des uns et des autres, peut-être, mais encore ?
Plus que jamais, ce prof, tant décrié prend une autre dimension. Plus que jamais, il est « conseil », il est « parent », il est « confident », il est « ami »... On le respecte moins et on le sollicite davantage, on l'écoute distraitement et on lui propose non seulement de reconsidérer ses compétences mais également de soumettre à l'appréciation critique sa propre personnalité.
Lui, le solitaire, le maître, le vieil enfant, voilà qu'il devient animateur, élément d'une équipe éducative, gardien du temple et fomenteur de trouble pédagogique, bouillon
de cultures et magma offert aux nouveaux séismes! Professeur ? Plutôt éducateur,
plutôt…
Mais plutôt qui ? disent les enseignants.
En réalité, le rôle du prof est écrasant. Désormais, il offre à la classe sa disponibilité d'homme. Il devient générateur d'espérance et on lui propose d'éveiller chez l'élève l'esprit critique, l'esprit d'initiative, le sens artistique, le goût de l'aventure, le sens des limites, l'urgence des réalités, la nécessité d'accéder à la réalité par fictions interposées... Il doit être le meilleur. Soyons juste, montrons-nous équitable. Le plus
souvent, il l'est.
Au delà de la « matière », il y a le volume des « contenus ». On lui propose d'enseigner « ceci » et de suggérer « le reste ». Cela ne suffit pas, on réclame son obole : lui.
Et dans la plupart des écoles, les enseignants sont d'accord. Parce que la mission qu'on leur a confiée s'inscrit avant tout dans une aventure humaine. Et qu'on le sache, surtout, qu'on ne l'oublie pas : l'école demeure pour l'enfant le centre d'une formation incomparable.
L'école se cherche ? Tant mieux. L'école amorce des réformes ? Evidemment. L'école renonce à sa mission ? Jamais.
« Confier » son enfant à l'école est toujours vrai. L' »abandonner » à l'école ne doit pas exister.
Sans doute s'agit-il de préciser davantage la mission de ('enseignant et la compréhension viendra d'elle-même. Une femme, un homme, une classe. Oui. Mais un groupe en plein devenir, des personnalités, des enfants déçus, des enfants confiants, un monde inquiet qui demande l'avenir sous forme de « lois » et à qui on ne peut présenter qu'un futur en chantier ; des savoirs qui s'accompagnent d'élans de cœur et de stimulations permanentes.
Le programme est devenu un projet de vie. Les caisses sont vides, les structures grincent mais l'école vit. Plus que jamais elle vit, elle est l'interlocutrice. Demain, l'école assumera son nouveau compagnonnage. Quelle aventure!



1984, séance d'hommage au

GRENIER JANE TONY


En avril 1984, le Grenier jane Tony qui, sous la houlette d'Émile Kesteman, a succédé au Grenier aux Chansons de la regrettée Jane Tony, consacre une séance d'hommage à Michel Joiret.
Interview du poète par Émile Kesteman, lectures par François Mairet et Christine Pany
À l'issue de la séance, paraîtra une plaquette consacrée au poète.


Grenier Jane Tony


1981

PUBLICATION D'UNE LONGUE ÉTUDE
d'Albert MORONT
dans

4 Millions 4

Dans son plaidoyer pour une nouvelle poétique, qui serait « non seulement mieux adaptée à son objet, qui est la modernité dans son ensemble, mais (...) une compréhension meilleure de l'écriture, absolument » (1), Henri Meschonnic définit ainsi l'approche de l'œuvre littéraire : « // s'agit d'entrer dans l'œuvre, de reconnaître ce qui la fait, ce qui est son langage, un langage qui n'est ni une confession ni, comme le posaient dans leurs débuts les formalistes russes, une convention. (...) Il s'agit de la lecture-écriture d'une œuvre qui, surtout lorsqu'elle appartient à la littérature moderne, lorsqu'elle nous est proche par te temps et la civilisation, peut à la fois, tour à tour, être objet contemplé et sujet revécu de la critique, sans contradiction (2 »
Cette impossibilité de séparer la forme et le fond, sur quoi insiste tellement un courant majeur de la critique moderne, semble d'autant plus évidente que l'œuvre est d'accès difficile et donne l'impression de s'engendrer elle-même dans un mouvement continu, hors de toute logique discursive. Dans la poétique de Michel Joiret, (telle du moins qu'elle apparaît depuis cinq ou six ans), comme dans celle d'un Izoard, d'un Crickillon, d'un Lambersy et de bien d'autres, la métaphore ne se définit plus comme un écart, un ornement, une manière d'exprimer plus littérairement une idée qu'il est facile de retrouver sous sa forme imagée (de même qu'en grattant l'or de certains bijoux on retrouve dessous le cuivre); elle fait partie intégrante du texte, elle constitue le texte, elle se suffit à elle-même.
Ce serait néanmoins une erreur d'imaginer que le texte échappe au contrôle de son auteur et que celui-ci est totalement inconscient des procédés qu'il utilise; on sait aujourd'hui que l'récriture automa- tique est un leurre : la volonté seule de se soustraire au contrôle de la raison rétablit inéluctablement ce contrôle et l'absence de syntaxe du discours surréaliste n'est qu'une autre forme de syntaxe.
Il y a, dans la poésie de Michel Joiret, comme dans celle de tout poète authentique, un certain nombre d'idées directrices qu'il est toujours possible de déceler sous les raccrocs de l'inspiration et les hasards de l'écriture (telle image en engendre une autre et fait dériver la pensée initiale de son cours), même si le foisonnement métaphorique, les déhanchements de la syntaxe et la densité de l'expression avalisent le principe de la « lecture plurielle »; ces idées se rattachentpour la plupart à quatre ou cinq thèmes dominants : le souvenir de plus en plus prégnant d'un père exigeant et original, la nostalgie de l'Afrique du Nord où Joiret a vécu trois ans, le rêve d'une Flandre baroque inspirée du théâtre de Gheldcrode, et surtout le regret du non-vécu, du non-fait, du non-été, qui engendre le doute sur l'identité véritable et le sentiment amer de l'échec.

LA CONNAISSANCE POÉTIQUE

L'écriture — surtout poétique — est une psychanalyse permanente. Sans doute le poète lui-même n'est-il pas toujours conscient de sa fonction cathartique, mais le seul fait qu'il la définisse habituellement en termes de besoin et de nécessité trahit l'importance de son action thérapeutique et de son pouvoir sécurisant. On commence par écrire pour connaître les raisons qui vous poussent à écrire; on écrit ensuite pour les sublimer.
De cette maïeutique subtile dont le poète use envers lui-même, la métaphore est à la fois l'instrument privilégié et l'aboutissement imprévisible. Si, comme le fait remarquer Yvon Belaval (3), « L'image poétique est une image de culture », il n'en demeure pas moins que l'affectivité intervient pour une part essentielle dans la sélection opérée par la mémoire; les récurrences d'images sont toujours révélatrices, significatives d'une angoisse, d'une obsession; elles ouvrent sur l'inconscient du poète des perspectives intéressantes, et, par le truchement de l'inconscient collectif, débouchent sur le cosmique et l'universel.

« Ce qui préside au poème, écrivait en 1944 Aimé Césaire, ce n'est pas l'intelligence la plus lucide, ou la sensibilité la plus aliguë, ou la sensation la plus délicate, mais l'expérience tout entière, toutes les femmes aimées, tous les désirs éprouvés, tous les rêves, toutes les Images reçues ou saisies, tout le poids du corps, tout le poids de l'esprit. »
Chaque poème est la somme d'une expérience littéraire et d'une expérience vécue; il connote l'univers entier parce que chaque homme est à la fois une infime parcelle de cet univers et cet univers lui-même dans sa totalité. Alors que la connaissance rationnelle, sur le plan des rapports de l'homme avec le monde, constitue toujours un appauvrissement, la connaissance poétique ne cesse d'enrichir l'individu de virtualités insoupçonnées; en resserrant les liens qui Punissent à la nature, elle le réconcilie avec la vie. La connaissance rationnelle diminue le champ du possible et coupe l'homme de ses racines profondes; la connaissance poétique le restitue à son passé lointain, à
ses pulsions instinctives, à ses terreurs irraisonnées; et, parce qu'elle lui fait toucher du doigt son angoisse, elle lui permet de s'en délivrer.

LA SOUVERAINETÉ DE L'IMAGE

De la souveraineté de l'image, de son statut privilégié, de sa primauté, dans la sémiotique poétique, sur la phonétique et sur la syntaxe, la poésie de Michel Joiret nous offre un exemple caractéristique. Dès les premiers recueils, Un temps d'amour et de voyage. Le rosaire des mains seules. L'autre règne ou La cité des feuilles, on pouvait pressentir cette reconnaissance de la catachrèse et de la métaphore comme les instruments par excellence de la connaissance poétique; à la fois moyen de prospection efficace dans l'exploration spéléologique de l'inconscient et cryptogramme idéal pour brouiller les pistes, dire en ne disant pas, « donner à voir » sans montrer tout à fait.
Sans doute y entrait-il, sans doute y entre-t-il toujours une part de gratuité. Nous nous sommes efforcé de démontrer ailleurs qu'il n'est pas de poésie véritable sans dilection profonde pour le lexique, pas de poète authentique qui ne soit amoureux des mots, qui ne puise dans leur usage une satisfaction comparable à celle de l'enfant qui mâche les mots de sa comptine; le plaisir poétique, André Spire nous l'a dit, est aussi « un plaisir musculaire », et Johan Huizinga nous affirme, dans son Homo ludens(4), que la poésie demeure « une des rares activités à exprimer encore totalement la faculté ludique des hommes ».
Comment d'aillcurs en pourrait-il être autrement, puisque le langage s'y trouve détourné de sa destination première, et que le mot n'y est pas choisi en fonction de sa seule signification, mais aussi des phonèmes qui le composent, de sa « couleur », de son pouvoir imageant, suggestif ou émotionnel ?
Encore convient-il de préciser que cette part de gratuité se trouve, dans les derniers recueils de Michel Joiret (Souffleur de cendre. Les ongles de Sisyphe, Chambre sourde. Maître silence, Leilahmort), réduite à très peu de chose : tout au plus y perçoit-on, ici et là, une sorte d'ivresse légère, la désinvolture du poète conscient de sa maîtrise et fier de son pouvoir; mais cette ivresse reste lucide et n'a rien de comparable avec celle de Silène ou de certains ilotes, que le goût fracassant de l'image conduit à la verbomanie et au galimatias. C'est que, contrairement à Breton, qui soutenait dans son premier manifeste que l'image la plus forte est « celle qui présente le degré d'arbitraire le plus élevé », Michel Joiret n'ignore pas que, pour garder sa vertu spécifique, elle doit rester logique, c'est-à-dire résoluble.

« Le plaisir réside dans la reconnaissance de l'analogie, écrit Roger Caillois (5). Il est en effet d'autant plus vif que les termes rapprochés appartiennent a des registres plus éloignés, car l'effet de surprise est plus grand, mais c'est à condition que la justesse de l'image n'en souffre pas. »

LA RECHERCHE DE L'IDENTITE

Ce n'est point ici le lieu d'entreprendre une étude approfondie de l'imagologie de Michel Joiret. Mais il nous a semblé intéressant d'esquisser une approche de son univers poétique par le biais de la métaphore et de passer rapidement en revue quelques-uns des procédés qu'il utilise le plus fréquemment, sinon pour travestir sa pensée, du moins pour lui donner cette expression particulière, irréductible à la prose, et qui la distinguera nettement de celle-ci autrement que par les éléments d'obligation traditionnels — rimes, mesure, rythme — auxquels il recourt de moins en moins souvent.
Sur le plan thématique, on notera d'emblée une obsession de l'aliénation, doublée d'une recherche opiniâtre de l'identité perdue ou menacée :
« J'ai poussé mes grappes d'ortie
À travers une terre Ingrate,
Cent fois Jésus, cent fois Pilate,
Je suis la ronce et puis l'épi
»
(Les ongles de Sisyphe)
« J'ai deux mémoires qui font l'amour en moi... »
(Maître silence)
« Peut-être en marchant vers le soir
Arriverai-je à être moi »
(Souffleur de cendre)
On pourrait multiplier les citations du même genre; mais sans doute est-il plus important de noter que cette hantise de l'identité se traduit fréquemment par l'image du cercle, qui symbolise le retour aux origines, à l'enfance, à la matrice universelle :
« Tout affleure et tout glisse
De mon âge érosion
Dont Je refais en rond
La carne et la matrice »
(Souffleur de cendre)
Cette quête du moi profond à travers les masques divers que les circonstances le contraignent à revêtir préside i une oscillation constante entre l'être et le paraître, à une remise en question permanente des moindres faits de l'existence.
« Amoureux de la terre
A m'en casser le bec,
Je fais l'amour avec
Toutes mes vies à faire »
(Les ongles de Sisyphe)
« Tenir la plume d'un canard
Parapher le miroir de l'eau
Se regarder mourir en face
Et demeurer par le reflet...
D'une écriture. »
(Chambre sourde)
Mais la volonté de vivre, de vivre en se précisant sans cesse, se double, chez Michel Joiret, de ce désir inconscient de la mort qui, selon les psychanalystes, nous fait craindre notre peur plus que la mort elle-même. Eros et thanatos sont ici les deux pôles d'une dialectique poétique qui se résout, en définitive, dans une acceptation conditionnelle de l'existence. C'est ce qui explique sans doute, dans la poésie de Joiret, ces allusions fréquentes au règne minéral et ce constant besoin de s'identifier à la matière :
« Je m'invente fontaine
De n'importe quelle eau »
(Souffleur de cendre)
« Ce mal d'être le bois ciré
D'une commode sans écharde »
(Maître silence)
« Et je serai porphyre
Où glaceront mes mains
La croix chassée du pain
Qui descend pour écrire »
(Souffleur de cendre)
Le nombre élevé de références au règne minéral est d'ailleurs ce qui frappe d'emblée : dans Souffleur de cendre, on en dénombre huit (cendre, neige, eau, terre, gemmes, craie, verre, charbon) en l'espace de vingt-quatre vers (pp. 7 et 8); p. 29, il est question des « fleurs minérales » qui « afïlûtent leurs aigrettes »; et les allusions au mica, à la pierre, au schiste, au prophyre, au silice, à l'émail, au carbone contribuent à maintenir la poésie de Michel Joiret, si subtile soit l'idée exprimée, dans un registre de notations concrètes, un espace tactile balisé d'amers où le lecteur ne s'égare pas.

LES NOSTALGIES AFRICAINES

Avec Leilahmort, son dernier recueil, Joiret revient au thème des nostalgies africaines, où il excelle. (Qu'on se rappelle La lampe à huile). Le décès accidentel d'une petite tunisienne de cinq ans, Leilah, emportée par la crue soudaine d'un oued, est ici l'événement vécu qui catalyse la fascination exercée sur le poète par la mort :
« Je t'appelle, Leilah, chaque fois que l'humus
Me donne envie de ne pas être »
Nouvelle méditation sur le dit et le non-dit, le vécu et le non-vécu :
« Le bruit du Jeu que chauffe un allumeur de sable, le ventre plein,
Lèche ce que je sais des tables où je me tiens,
Bien plus que l'arbre ou se retourne la forêt,
C'est dans les mots que prendra langue
Ce que je tais. »
mais tout entière tournée vers le passé, comme l'atteste d'ailleurs l'épigraphe :
« À moi la mémoire, toute ! » :
« N'agressez plus, taisez, le maître a fait son lit de feuilles molles et je dors dans l'hébétude, avec le souvenir du maître que je n'ai pas été,
Tout seul à voir le temps poisser... »

Ce texte mince (vingt pages à peine), d'un seul tenant, encore que la prose, riche en récurrences phonétiques et en jeux verbaux soit entrecoupée de vers, approfondit les thèmes des recueils précdents plutôt qu'il ne les renouvelle. Toujours fidèle à la richesse chromatique des épithètes (surtout dans les parties en prose), la langue de Michel Joiret s'est néanmoins beaucoup affûtée depuis quelques années; malgré sa liberté apparente, elle a gagné en précision ce qu'elle perdait en profusion. Si la poésie est, comme nous le pensons, l'art du terme impropre, c'est-à-dire du mot qui, tout en n'étant pas le terme attendu, est précisément celui qui après coup, donne l'im-
pression d'être le seul possible, il semble que Michel Joiret, malgré sa relative jeunesse, y soit déjà passé maître. Mais le jeu subtil de l'anastomose ou de la surdétermination ne saurait nous faire perdre de vue que, derrière le métier acquis, le modernisme bien tempéré, un homme nous parle, pour lequel, depuis plus de vingt ans, la recherche désespérée des raisons d'exister demeure la justification essentielle d'une des entreprises poétiques les plus captivantes de notre époque.

Dossier étali par Albert MORONT.

(1) Henri Meschonnic, Pour la poétique, Paris, Gallimard, Collection « Le Chemin »,
1970, p. 17.
(2) Ib., pp. 17-18.
(3) Yvon Belaval, La recherche de la poésie, Paris, Gallimard, Collection « Les Essais », 1947, p. 46.
(4) Cité par Georges Jean dans La poésie, Paris, Seuil, 1966, p. 48.
(5) Roger Caillois, Art poétique, Paris, Gallimard, 1958, p. 84.


Et puis, bien sûr,

LA MER DU NORD


La mer du Nord
Les sortilèges de la mer du Nord
© Marc Brasseur

La mer, et particulièrement la mer du Nord...
Fascination depuis toujours. Le littoral est le seul endroit où je me sens dépouillé de l'accessoire, où je peux déposer mon sac... Sans doute le mouvement des vagues rappelle-t-il la mobilité du fœtus que nous étions dans le ventre de la mère. La mer et la mère : une homonymie accidentelle ou induite ?


Et un hommage à

LÉO FERRÉ

Compagnon de route


Ferré

À l'automne 1982, à l'auditorium Paul-Emile Janson de l'Université libre de Bruxelles, j'ai rencontré
Léo Ferré

 Rencontre inoubliable.
 Depuis, Léo est devenu pour moi pour une sorte de référent invisible mais tellement explicite,
porteur de sens et de tendresse...